diplomes

 Éducation

 

Je lis votre dossier sur l’éducation, (Nexus n° 108), et je suis … énervé. C’est que mon souvenir du niveau de celle que j’ai reçue chez mes parents puis à l’école publique, se limite au père Noël, à l’histoire de France, (les dates des tueurs professionnels et l’hexagone), au dahu et au catéchisme dont je me suis fait virer au second cours, parce que j’ai dit à la religieuse : « je te crois pas, là. T’es qu’une menteuse. »

A part ça, j’ai appris à lire très vite, à calculer aussi. Par contre, j’ai encore besoin d’un logi­ciel pour écrire sans faute. Le reste du temps, je m’ennuyais. Heureusement qu’on avait des ani­maux… Bon je me suis bien marré avec Jacques quand on a brûlé les osiers du maître dans le poêle à charbon, osiers qu’il utilisait pour frapper … les faibles, pas moi.

Au collège, quand des profs s’avisaient de me contraindre, je me bloquais. Je faisais exprès d’avoir des mauvaises notes. J’atteignais les 0,24 / 20 de moyenne, et 17,6 le trimestre suivant si j’ob­tenais satisfaction, puis 0,46 le trimestre d’après, parce que finalement, ça me vexait d’être obli­gé d’apprendre des trucs aussi nuls. C’est un bon système de résistance, croyez moi ! Ca décourage n’importe quel prof, aussi vindicatif soit-il. Certains me mettaient même la moyenne alors que j’a­vais juste écrit : "rien à branler". Ils voulaient abîmer mon score de meilleure mauvaise note, par­ce que j’avais eu la hardiesse de m’en vanter. Mais je me rattrapais : pour « latinus in poubellam », j’ai eu droit à – 64 !!! Encourageant… Quant aux inspecteurs, rien à cirer, ils ne sont que de pas­sa­ge.

Mouche sur ma main

Du coup, le staff de profs rêve que d’une chose : ne plus te voir, ne plus avoir à faire à toi, et même te virer ! Mais ils peuvent pas, parce qu’il n’y a pas de cri, pas de réplique, pas d’insulte, pas de déso­béis­sance, je laisse l’autre s’énerver, ça le regarde à lui, pas à moi, même pas d’émotion, visage impassible, voire niais au besoin. Il suffit de ne rien leur restituer de ce qu’ils veulent te four­guer, de rien faire selon leurs règles, et de suivre ce qui t’intéresse à toi. Les mouches, par exemple, elles sont belles, brillantes. Elles volent super bien, et le « chant » accordé de leurs ailes est si génial, quand on en attache 64 ensemble avec un crayon à papier attaché par des "filins" en dessous ! C’est si étonnant de voir qu’elles s’accordent pour explorer la classe, bien en ligne, avec la « poutre » rouge et jaune, bien centrée, dix centimètres plus bas. Toute la classe pouffe. Puis la prof exige qu’on ouvre la fenêtre et, suivant l’appel d’air, elles prennent un virage bien rond et partent, toujours en file indienne, ce qui me fascine. Je pense à un super hélico. Par cet après-midi très chaud, la transpiration du sol fait comme un léger brouillard vibrant et les mouches le traversent. Très vite, je ne les vois plus. Je reste songeur en me demandant comment elles com­mu­ni­quent pour s’entendre si bien ? C’est plus intéressant que la prof. Pff, ça me fait rêver des heures, tout ce tra­vail avant. Il faut les choper, puis les garder dans une grosse boite d’allu­met­tes avec un peu de pâté au fond, puis les attacher une par une. Il y en a plein, à cette époque, avant les insecticides. Ca n’a pas l’air, les mou­ches, mais ça a un corps so­phis­ti­qué. Leurs ailes transparentes font qu’elles voient partout, pas d’an­gle mort. Et c’est hyper propre, malgré les ap­pa­rences, calme, et très intel­ligent, rapide ; et puis ça fait rire les copains. Les longs rétroviseurs pour cara­va­nes passés sous les jupes des profs aussi. La tactique per­met de rester dans son axe, de ne pas se renier ; et ma foi, je suis toujours accro aux apprentis­sa­ges les plus di­vers. Par contre, côté car­rière, faut pas rêver…

Et puis en sortie de lycée, mon diplôme d’agriculture me dégoûtait définitivement de la soi-disant édu­ca­tion natio­nale. D’ailleurs, le BTA* option générale était minable. Tout ce que testais sur la ferme de mes parents échouait. Cela ne marchait pas. Je finissais par prendre tous ces gens pour des guignols, et je trichais lors de l’examen pour avoir mon diplôme et faire plaisir à mes parents qui se sentaient perdus face à un mec si récalcitrant sans en avoir l’air. C’était si facile : à l’écrit, là où j’étais mau­vais, je me mettais derrière le meil­leur de la classe. Il poussait son devoir sur le côté et je recopiais … jusqu’à la moyenne, pas plus. Évi­dem­ment, je l’aidais là où j’étais bon. Si j’avais pas envie, comme en chimie, j’écrivais n’im­porte quoi pour pas avoir zéro. J’obtenais 0,5/20. A l’oral, j’attendais qu’un élève sorte et je lui deman­dais la ten­dan­ce poli­ti­que de l’exa­mi­nateur. S’il était de gauche, je me plaçais en brillant favori de gauche, mais le truc con, vous voyez ? Exemple en histoire géo, je disais au prof :

- pff, j’ai tiré les USA, mais moi, je suis communiste, je préférerais que vous me parliez de l’URSS », et le glandu s’exécutait et me mettait 16 pour SA performance. Ah, je me marrais grave ! En anglais, un chouchou obtenait 16 sur un seul cas possessif. Je m’empressais de passer derrière lui avec un air de défi, et j’exigeais, « bon, je veux la même note » et pof, j’avais 16. Cela me rappelle qu’en français, le sujet tiré ne me plaisait pas. J’y comprenais rien. Alors je disais au prof :

- pff, ça vous intéresse, ce truc ? On pourrait pas parler de Brel, Brassens, par exemple ?

Et le mec s’allumait d’un coup ! Alors pour l’avoir distrait de la médiocrité ambiante, il me mimait et expliquait deux chansons de Brassens puis il me mettait 16, hi ! Hi ! 16 en Français..., une note rare. Je m’en suis souvent vanté. Un bon, ce prof. J’en ai gardé un super souvenir.

Il y avait des matières où j’avais pas besoin de tricher : j’obtenais 15 en économie, toutefois s’il l’avait fallu… Mais le meilleur, je le garde pour la fin : Je vais au hangar pour passer le plus risqué, coef. 15, 3 matières à coef. 5 réunies en un seul examen : phyto­technie, zootechnie, et écologie. Je suis presque arrivé quand je croise le Marcel, le meilleur de la classe qui a pas eu l’examen parce qu’il n’a pas triché. Donc je lui demande :

- Alors, Marcel, ça se passe comment ?

- Pff, c’est foutu pour moi. Il y a deux jurys, un pour les écoles libres, et il met pas plus de 7, et un pour les écoles laïques qui met 13 minimum. (Marcel et moi, nous étions dans une école sous contrat, mais dite libre...).

- et t’as eu 7, toi ?

- oui, 45 points perdus. C’est foutu !

- Ca m’étonnerait que t’aie pas ton exam, Marcel, flippe pas. T’es le meilleur. En tous cas, moi, je vais pas me laisser faire. Je vais les baiser ces glandus. Dis moi où sont ces profs.

- L’école libre c’est au fond du hangar, et l’école laïque à droite.

J’allais à droite, bien sûr, 13 coef. 15, ça faisait 45 point gagnés d’un coup, 90 de plus que le Marcel, et facile, vous allez voir :

J’arrive. Je prends un sujet dans le chapeau, les assolements, puis je vais m’asseoir et je rêve à la fille du moment. Quand arrive mon tour, je parle tout de suite pour pas que le glandu soit tenté de me demander mon nom, puis quand ça me gonfle, je lui demande :

- combien vous me mettez ?

- 13

- merci

- quel est votre nom ?

- Jacou Delprat,

Il cherche un peu, puis me dit :

- ah mais ça va pas, vous n’êtes pas sur ma liste. Il vous faut aller voir mon collègue (il le montre d’un geste de sa tête).

- je n’ai pas le temps, excusez-moi. J’ai d’autres matières à passer. Dites à votre collègue que Jacou Delprat a eu 13, d’accord ? Mar­quez-le, là ... Rassurez-moi, vous trichez pas ? … puis j’insiste : n’est-ce pas ?... Mmm ?... C’est pareil, vous ou lui ... Dites-moi, il n’y a pas des notes différentes pour les écoles libres et les écoles laïques, au-moins ?

- oh non ! Non, non, bien sûr...

Et hop ! Je le voyais écrire 13 en face de mon nom qu’il venait de marquer au bas de la page.

- Ah, vous me rassurez !

Je sortais de là avec un sentiment de pitié pour ce guignol qui n’avait rien compris au film que je lui avait fait. Et bien sûr, j’avais mon exam avec 64 points de rab, alors que j’avais vraiment pas forcé. Mais si j’avais pas triché, je n’aurais pas eu mon BTA. Il y aurait eu un déficit de 26 points ! Remarquez qu’il ne m’aurait pas manqué non plus, parce qu’il ne m’a jamais servi à rien ; mais bon, j’ai rassuré ma famille sur mes capacités intellectuelles, vous comprenez ?

 Bref, l’éducation nationale, de mon point de vue, c’est un cirque ; mais attention, pas pour tout le monde. J’explique : les diplômes sont calculés par ceux qui y ont un intérêt, pas pour le bien être général et la réussite de tous. Oh non ! Ils sont conçus pour rapporter du fric aux plus am­bi­tieux. En fait, on vérifie que vous allez faire exactement... ce que veut celui qui établit le pro­gram­me. Ce qui est exigé, c’est mémoire et obéissance. Soit une autorisation à exercer ce qui est profitable à une industrie, à un syndicat, à un groupe ou même à une administration. Ce n’est pas de la formation, c’est du formatage et un formatage rentable, PIB oblige, dans la course à la richesse … des riches.

Récemment, il m’est venu à l’idée que ce système est foutu ; parce qu’en fait, un ordi complet avec 2 tera octets de mémoire, ça vaut 650 euros, et ça dure au-moins 5 ans. Quant aux algorithmes 100 % obéis­sants, ça vaut pas cher ! Capito ? Un préfet payé 20 000 € par mois, c’est sur la fin. Va falloir trouver autre chose, et fissa pour les plus prudents. Les autres, boaf…

Naturellement, restent des tas de diplômes qui forment réellement à un métier, à un savoir faire précis, mais peu échappent à une publicité sous-jacente qui ne dit pas son nom.

 BTA* : Brevet de Technicien Agricole option générale. On nous disait à l’époque que cela valait un bac B avec les matières agricoles en plus. Il n’existe plus, alors que j’y ai consacré 4 ans de ma vie … Eh oui, j’ai redoublé. Les copains, le flipper, le baby foot et les filles, c’est plus intéressant que d’aller bosser. Et puis je ne savais pas quoi faire.