Pinel

Les sans-gène

  Juste en face de notre immeuble, il y a l’hôpital Psychiatrique Pinel. On s’y occupe de tas de gens affaiblis voire détruits. Pilules en série, baratin de psychologues, un peu de bouffe industrielle et hop ! Le tour est joué. On se prend 1500 à 2300 € par jour par ’’patient’’ qui a intérêt à avoir de la pa­tien­ce, car on n’a pas l’intention de le guérir, mais de l’exploiter, peinard, dans des bureaux climatisés, posés dans un joli cadre de verdure. De là, on peut vanter les mérites de la belle bagnole garée sur le par­king d’en face, caisse qu’on s’est offerte à crédit pour se faire mous­ser devant les collè­gues. Les sa­lai­res sont corrects, alors on en profite insouciants.

Naturellement, parmi ces « patients », il n’y a pas que des cadeaux ; alors, même si l’hôpital a ses chambres, on s’en débarrasse en leur louant un logement dans l’immeuble d’en face, le mien, celui où j’ai investi les économies qui me restaient. L’idée, c’est la réinsertion en milieu réactif, leur apprendre à vivre en société.

Et là les dégâts sont énormes ; car ces ’’affaiblis de la tronche’’ et ceux qu’il attirent chez nous, n’ont pas grand savoir-vivre. Ils volent, mendient, se bagarrent, gueulent sur le parking, détra­quent la porte d’entrée, rayent les carrosseries, fument pas que du tabac, salo­pent l’arrière de l’im­meu­ble, taguent les murs et les boites aux lettres, garent leurs pétoires pourries devant la porte, cassent le rétroviseur d’un coup de pied, amènent une faune dont personne ne veut ailleurs, passent leur main crasseuse sur les murs repeints de neuf, "tom­bent’’ leurs déchets devant l’immeuble et dans les couloirs, se soûlent et dorment sur mon palier juste devant ma porte, squattent le parking à vélos et crèvent les pneus de ceux qui voudraient y garer le leur, se disputent lors des "after" du di­man­che matin, adieu la grasse ma­ti­née. Faut nettoyer le sang sur la porte d’entrée. La nuit, ils lancent leur lave linge, se prennent des dou­ches, regardent la télé, jouent à des jeux de guerre, écoutent leur zizique boum – boum et parlent trop fort ; ou alors, ils investissent la terrasse de mon voisin outré de se voir envahi par de tels énergu­mè­nes qui viennent bruyamment fumer des joints chez lui, en ces heures où il faudrait du calme, et j’en passe.

Les femmes et les personnes âgées ne se sentent plus en sécurité. Les gendarmes connaissent le coin et viennent souvent. Les pompiers aussi. Bien des locataires s'en vont au bout de quelques mois. Il m’a fallu assister à la perquisition d’un appar­te­ment, et l’officiant était accompagné de 17 personnels du GIGN. Je vous dis pas la réputation de l’immeuble, quand on veut louer ou vendre. Un vrai régal, je vous dis.

J’ai essayé d’en aider un. Et vous savez quoi ? C’est impossible. Il ne peut pro­duire aucun effort. Il faut tout lui faire. Il n’a aucun respect, ni pour lui ni pour rien ; cela se voit au désordre et à la cras­se de son appart. Or, il l’exige des autres à coups de poings dans le nez et en cassant tout ce qui est à sa portée. Il dit que son père défunt lui manque, mais s’est permis de m’offrir une de ses vestes de très belle facture, ce que j’ai décliné, choqué. En plus, il m’a avoué l’avoir frappé ! Il voulait devenir harmoniciste. J’ai ten­té le coup, en lui prêtant un harmo­ni­ca "Lee Oskar", donc de belle qualité, mais pas la méthode pour apprendre, car il ne sait pas lire. Je l’ai bien prévenu : le métier d’artiste, c’est huit heures de travail par jour, et pendant des années, avant de parvenir à une per­for­mance commer­cia­li­sa­ble. Au dé­but, il s’est entraîné, on va dire quinze minutes par semaine, puis … abandon. J’ai récupéré l’instrument bien sale. C’est certain qu’il ne peut aboutir à quoi que ce soit, avec si peu de volonté. En plus, il n’a pas de projet, ne s’intéresse à rien, n’a de goût pour rien, dévalorise tout. Côté travail, il dit qu’il ferait n’importe quoi, mais refuse ce qu’on lui propose au motif qu’on lui manque de respect, ou que c’est trop loin. Il est sous tutelle sévère, mais ne pense qu’à acheter des télé­pho­nes ou d’autres produits électroniques, vu que ce n’est pas lui qui gagne cet argent. Il fume, boit du café et des sodas, alors qu’il ne lui faut aucun excitant. Quant à la bouffe, c’est un désastre : rien d’équi­li­bré, que des produits indus­triels. Il est 100 % irres­pon­sable, désor­don­né, très an­gois­sé, instable. Il n’a aucune con­fian­ce en lui, se recroqueville com­me un petit gar­çon perdu dès qu’on lui fait un reproche. Je l’ai amené trois fois dans sa famille, laquelle en a ras le bol, car il a le lancer de poing facile, il fouille dans leurs affai­res, en bri­se pas mal et fout le souk. Un de ses voisins l’appelle "Mi­cro­céphale" et c’est bien vu, car il n’a pas de mémoire uti­le.

Mais est-ce sa faute ? Il ne com­prend rien à ce qui lui arrive. Onze ans de soins pour rien, ça suffit pas ? Combien ça coûte à la société ? Ne serait-il pas temps de vous poser des questions sur la qualité et l’efficacité de votre travail ? De mon côté, je me demande : son corps est-il intoxiqué par de la nourriture de mauvaise qualité ? Par des drogues de toutes sortes, y inclus par vos pilules ? Comment se fait-il qu’il soit autorisé à consommer des excitants, tel le café et le tabac ? Et les sodas qui contiennent de l’aspartame si nocif, c’est normal qu’il en boive ? Son hygiène de vie est-elle cor­rec­te ? Dort-il bien ? A-t-on exploré ses rêves éveillés pour connaître son ou ses contes per­son­nels, supports de sa mission de Vie ? Comment se fait-il qu’il soit perdu et qu’il ait si peu d’estime pour lui-même, après toutes ces années de soi-disant psychothérapies ? Manque-t-il quelques baffes de reca­dra­ge ? Faut-il voir un naturo­pa­the ? Un exorciste ? Faut-il faire une cure de désintoxication, un jeûne ? Lui faut-il marcher seul 2000 km en trois mois dans un pays étranger, sans Internet, ni téléphone ni musique enregistrée ? Sauriez-vous le faire parler de ses besoins réels ? Et l’obliger à une stricte discipline de vie ? Un peu de tout, je suppose. Car j’ai vu tous les cachets qu’il lui faut ingur­gi­ter… On ne m’a pas guéri comme ça, moi qui ai été épi­lep­tique dans les années 50.

Alors, manque de savoir-vivre, arrogance, inélégance, personne ne sait plus com­ment prévenir ces nuisances. On accuse le syndic de l’immeuble ORPI, d’être incompétent coûteux et inac­tif, on mélange avec le toupet des habitants de la résidence Laurac, des romanichels et autres voisins indé­li­cats qui déposent leurs encombrants derrière chez nous. On ne sait plus réfléchir, sépa­rer les pro­blè­mes puis les gérer. La résidence se dé­gra­de, devient moins attractive. On s’agace, on ne produit plus la moin­dre intelli­gen­ce. C’est dramatique.

Et bien sûr, il faut accepter ces préjudices sans rien dire ; pendant qu’en face, à l’hôpital Pinel, vous vous gavez comme vu plus haut ! Incroyable. Quel culot ! Eh bien je propose que les "ex­ploi­tants médicaux’’ que vous êtes devenus, vous preniez vos responsabilités et accueillez à votre domicile, quelques-un de vos "patients’’ pas très patients et au coefficient intellectuel très affaibli par vous. J’en ai un juste au-dessus de chez moi ; alors pourquoi pas chez vous ? Mmm ? Du coup, je vous dis : pre­nez-en un en location au premier étage de votre villa. Vous apprécierez ainsi la pertinence de votre travail… Sinon, il va falloir que vous assumiez les dégâts que vous causez à notre cadre de vie.