Verfeil, mairie

Mardi 23 janvier après - midi, c’est le dernier jour pour aller voir ce qui se passe du côté du projet autoroutier Toulouse – Castres. 14 h, j’arrive à Verfeil. C’est à la mairie. Je monte l’escalier, passe le sas vitré, et me retrouve dans un couloir aux planches qui grincent. Il faut attendre. On reçoit individuellement ou en couple. Quand mon tour vient, je suis cordialement invité à entrer et à m’asseoir. C’est une pièce en forme de couloir. Au centre, une longue table sur laquelle reposent les plans de l’autoroute dans tous ses détails, il y en a bien trois mètres d’épais dossiers, et des chaises tout autour.

L’enquêteur public, un costaud aux grandes lunettes de vue, cerclées d’une monture noire, me demande ce que je veux obtenir de lui. Eh bien entendu, avant -tout, je suis venu chercher de l’info. D’abord, il me dit que les gens venus se renseigner dans les mairies et ceux qui ont donné leur avis sur Internet (http://collectirn126.sitego.fr/), sont plus de 7000 à avoir participé. Ce sont les indus­triels de Castres qui sont le plus favorables à l’autoroute, et les paysans de la vallée du Girou les moins intéressés, puisqu’on leur enlève leurs terres les plus riches. Déjà, que l’activité agricole est difficile… La présentation continue, impeccable, bien faite, ni pour, ni contre.

 Quand il a fini, il veut savoir ce que j’en pense. Me viennent alors cinq remarques :

- D’abord, on donne 220 millions de subventions, donc de notre argent, à une entreprise privée sans aucune reconnaissance de dette ! C’est dingue. Il faudrait au-moins qu’on ait un droit de regard expert sur les comptes de la société, et qu’on obtienne des actions en retour. C’est la moindre des justices.

- Et puis, j’ai du mal à avaler que les rocades de Soual et Puylaurens qui ont coûté 55 millions au département du Tarn, soient cédées gratuitement !!! On a payé un équipement, et maintenant, il faut le donner au futur concessionnaire ; qui lui, va faire payer son utilisation une seconde fois !!! Et ceux qui ne veulent pas repayer son utilisation, devront passer par l’ancienne route. Là, aussi, il faut exiger un droit de regard sur les comptes de la société, et le remboursement des 55 millions ou des parts dans l’affaire.

En plus, il est tout à fait anormal de prévoir des subventions de complément au cas où le trafic serait insuffisant et la rentabilité absente, voire l’affaire en déficit. C’est à l’entreprise à assumer le risque qu’elle prend, sinon, c’est du vol. Et ce d’autant plus qu’on sait dès le départ, que le prévi­sion­nel est faux, très surévalué. Le calcul est fait comme si tous les gens qui circulent dans ce pay­sage, allaient prendre l’autoroute à 14 € l’aller et retour. C’est fou ! Actuellement, on a 7400 passages par jour, alors que l’autoroute prévue pour 40 000, est largement surdimensionnée. Ce n’est pas un bon investissement. En plus, le dossier d’adjudication prévoit que tout le monde, et même davantage, va accepter de payer 14 € l’aller – retour Castres – Toulouse !!! C’est impossible. Les revenus baissent ; alors non seulement, on aura le même résultat que pour l’autoroute de Foix où il y a très peu de trafic, mais en plus ça va baisser dans les années qui viennent, alors qu’ils pré­voient 24000 dans 20 ans. Le déficit est certain dès le départ, mais ils s’en foutent, car ils comptent exiger des subventions « d’équilibre » et se gaver sans risques. Le rêve absolu de l’investisseur.

D’autre part, cette autoroute prend 454 ha de terrains très riches. Or une simple amélioration de la RN 126 rendrait de beaux services pour bien moins cher et stériliserait que 90 ha de terrains.

De plus, elle ne fait gagner que cinq minutes sur le trajet complet !

Enfin, que prévoit-on pour les commerçants ruinés par la disparition du trafic ? C’est ce qui s’est passé à Puylaurens, lequel pourrait bien retrouver de l’affluence si l’autoroute se fait ; sauf qu’en attendant, c’est la ruine de bien des artisans et commerçants. Là, mon idée est de lier les « indemnités » des responsables, y inclus les maires, conseillers départementaux et régionaux, députés et sénateurs, aux revenus des populations qu’ils prétendent représenter. Ca calmerait, il me semble. On aurait des élus beaucoup plus attentifs. Car si cette autoroute pas rentable est mise en chantier, alors, outre de rester à notre charge, il nous faudra financer des bénéfices en plus. Moi j’appelle ça du pillage. C’est ridicule ! Mieux vaut alors améliorer la nationale au fur et à mesure des besoins.

C’est ainsi que j’ai découvert comment les grandes entreprises font pour s’enrichir si vite : elles volent, elles pillent sans état d’âmes. Ce système ne vaut pas un clou.