chemin pietonnier 3

      Hier, en ce jour beau de printemps du dimanche 14 avril 2019, je revenais du centre ville de Lavaur, dans le Tarn, où j’étais allé chercher le numéro 56 de la collection des génies mathématiques promue par Le Monde et l’Obs. En chemin, je faisais un bilan de ces lectures débutées dans un bel enthousiasme qui s’assombrissait peu à peu. En effet, nombre de leurs équations publiées avec tant d’autorité et de publicité ne servaient qu’à nous brancher sur une nouvelle religion, aussi fausse et dangereuse que les précédentes : le scientisme, lequel nous guidait sur la voie du matérialisme, caractérisé par ses monnaies truquées, l’atome, le transhumanisme si déshumanisant et les robots bien obéissants.

      Mais l’obéissance est nuisible à la société, elle coule la créativité et mène à la dictature de gens cupides et pauvres d’esprit qui nous abaissent à leur niveau, me disais-je. Oui mais, chacun se valorise avec ce qu’il trouve sur sa voie, me consolais-je.

       J’en étais là de mes réflexions, quand sur ma droite j’avisais un sentier piétonnier doté de son panneau sens interdit aux véhicules à moteur. Il était goudronné, bien entretenu, tortueux à souhait. Protégé des clameurs de la ville, il longeait des jardins plus beaux les uns que les autres. Les couleurs vives, les senteurs enivrantes, les cabanons en planches, les jolies tonnelles me transportaient dans un autre monde. J’étais ravi.

      Et c’est là que je débouchais en chemin connu, juste à côté de la salle des ventes. J’en étais encore à me repérer, quand une guêpe entreprenante vrombissait derrière mon oreille droite. Au début, j’écoutais immobile son bourdonnement si apaisant. Lorsqu'elle passait devant, je sentais sur mes joues, l’air vibré par ses ailes. Puis elle descendait vers mes jambes en faisant des allers et retours horizontaux d’une dizaines de centimètres. Elle allait jusqu'à l'entrejambe, puis remontait, toujours avec ses allers et retours horizontaux, sans que j’en comprenne la logique. J’étais à la fois attentif et inquiet. Attentif car des guêpes qui vivaient jadis sous ma fenêtre, me faisaient bénéficier de leur si belle musique ; mais inquiet, car d’autres m’avaient piqué.

      Cela durait depuis quelques minutes quand mon inquiétude motivait bêtement mon impatience chronique à déguerpir. Je me mettais alors à tourner sur moi-même. Elle suivait, mais j’insistais et marchais vers l'Avenue Augustin Malroux.

      Revenu chez moi, je relisais pour la seconde fois un livre étonnant : "Le pic de l’esprit", de Philippe Guillemant publié en 2017 chez Guy Trédaniel, puis réédité en 2018 et 2019. Or dans la soirée, j’en arrivais au chapitre intitulé : "le pont au-dessus de l’abîme", où il racontait que trois chevaux, trois serpents, trois chamois et six papillons l’avaient aidé à réaliser un projet !

      C'est alors que me souvenais de la guêpe du matin. J’avisais aussitôt quelques livres de symboles et tombais assez vite sur celui de Jean Chevalier et Alain Cheerbrant, dont l’article la concernant était élogieux : chef de tous les oiseaux et reptiles, maîtresse du feu, la guêpe incarne le pouvoir de sublimation et de transfiguration, de mutation du profane au sacré ! Rien que ça ! Pfiou! Je regrettais de l’avoir sous-estimée, et me motivais cette fois … à repasser dans ce coin.