joshuaJoshua, le bateau de Bernard Moitessier

      Depuis plusieurs semaines, Tamata et l’alliance, le dernier livre écrit par Bernard Moitessier me faisait de l’œil. J’en avais un souvenir lointain, oui mais un souvenir lumineux et même prestigieux, sans savoir pourquoi. D’abord publié aux éditions Arthaud en 1993, puis par France Loisirs l’année suivante, c’est cette dernière édition qui se rappelait à moi chaque fois que je fouillas dans ma bibliothèque. Même pour trouver un autre livre, je le voyais en premier. Pire, je ne voyais que lui. Je résistais car je l’avais déjà lu ; mais il me sollicitait un peu plus fort chaque jour ; et alors que j’étais à fond dans "la physique de la conscience" de Philippe Guillemant, j’ai obéi et l’ai relu.

      J’ai aimé tout de suite.

      C’est l’histoire d’une vie ; et en toute logique, il commence par son enfance. Cancre à l’école, il excelle à vivre son rêve d’enfant, avec la logique têtue de celui qui persévère jusqu’à voir la fente d’une réalité plus complète que celle du quidam ordinaire, à pousser encore, à rentrer dedans et à passer de l’autre côté. Et de là, il nous fait vivre ses enchantements qui passent toujours par son inextinguible besoin de liberté servi par "L'Alliance", à savoir par ce que d'autres appellent la providence, la chance, le hasard, les synchronicités, et que lui nomme les dieux. Il donne beaucoup de lui-même, dont son sourire grandeur soleil ; et est en retour aidé par de profondes amitiés qui le sortiront toute sa vie des pièges les plus désespérants. Il a reçu son nom de Tamata sur l'ilot de Hahé, aux Tuamotu.

      J’adoore.

      Il peut être aussi absent que brillant. Il n’hésite d’ailleurs pas à nous faire vivre ses faiblesses, même quand c’est sa mère qui le traite de lâche et de crétin. Il faut dire que les circonstances s’y prêtent, lors de la guerre d’Indochine qu’il nous fait vivre de l’intérieur.

      Et puis il y a ses rêves, ses réussites et ses échecs, ses incroyables renversements de situations, les coups de chance de celui qui se dit béni des dieux, ses copains, ses bateaux, ses voyages, ses naufrages, sa passion des langues dont il nous partage ses plus belles trouvailles.

      Enfin, ultime prespective éclairante : dans sa jeunesse, son but était de profiter de la vie. Son dernier voeu a été de fuir les administrations... On le comprend !

      C’est un livre phare, un livre soleil, capable d’éclairer les coins les plus sombres de nos vies.